Et hop ! Encore une entreprise du CAC 40 qui voit l'entrée dans son capital des fonds souverains . Après Total, Sanofi Aventis et Vinci, très médiatisés récemment, c'est Alsthom qui annonce que des fonds souverains asiatiques et du Moyen-Orient détiennent désormais 2 % du capital du groupe industriel .
Pourtant il faut rappeler que déjà, en 2006, plus de 46% du capital des entreprises du CAC 40 était détenu par des investisseurs étrangers. Sous le coup des vagues de privatisations successives conduites à partir de 1986 par la droite, puis à partir de 1997 par la gauche, les investisseurs étrangers ont progressivement fait leurs emplettes à la Bourse de Paris, et figurent parmi les premiers actionnaires des grands groupes industriels et financiers français (lire Médiapart).
Profitant des difficultés rencontrées par les grandes banques internationales enfoncées dans la crise des crédits immobiliers américains "subprime", les fonds souverains, ces fonds d'investissement contrôlés par les Etats des pays pétroliers et émergents (Chine notamment) avaient déjà raflé la mise en "volant au secours" des grands noms de la haute finances en difficulté: Citigroup, UBS, Morgan Stanley, Merril Lynch, Bear Sterns...
Présentés par les financiers comme des chevaliers blancs arrivant en sauveurs du système bancaire occidental, ces fonds rassurent. Perçus par les dirigeants politiques comme les instruments d'une mainmise progressive sur une partie stratégique de la finance mondiale par des pays pas toujours très démocratiques et aux ambitions politiques affirmées, ils inquiètent .
Enrichis par la manne pétrolière, l'envolée du prix des matières premières ou l'excédent de leur balance commerciale, ils disposent d'une trésorerie colossale : selon les estimations, de 2 000 à 3 000 milliards de dollars aujourd'hui à 10 000 ou 15 000 milliards en 2015 .
Qui sont-ils ? Deux tableaux présentent des estimations assez proches :


Les montants en jeu interpellent et pourtant ces fonds souverains restent de petits acteurs de la finance mondiale, au moins par les sommes en présence...Jugez plutôt :

Rapportés aux seuls marchés boursiers, les montants investis représenteraient aujourd'hui environ 4 % de la capitalisation boursière mondiale. Ils restent donc encore des acteurs d'assez petite taille par rapport aux investisseurs que sont les fonds de pension, les fonds d'investissement traditionnels et les compagnies d'assurance.
Ils pèsent cependant déjà plus que les 1 500 à 2 000 milliards de dollars gérés par les fonds spéculatifs. Or, ceux-ci ont montré, en dépit de leur taille relativement limitée, qu'ils pouvaient susciter des mouvements de nature à destabiliser les entreprises.
Alors prédateurs ou sauveurs les fonds souverains ?
Certains sont prêts à distinguer les fonds "amis" détenus par les pays occidentaux (Norvège en tête) ou certains pays du Golfe, des fonds à volonté plus hégémoniques Russes ou Chinois.
Pourtant à court terme, le diagnostic ne fait aucun doute: les fonds souverains font le plus grand bien aux grandes banques internationales, en pariant sur l'avenir à long terme du secteur bancaire. Mais on peut également imaginer que les Etats dont dépendent les fonds souverains seront tentés d'utiliser leur nouveau rôle financier comme arme politique . A moins que, comme les autres acteurs de la finance internationale, ils ne recherchent le meilleur taux de profit...
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, et bien d’autres se sont déjà attelés à la tâche pour élaborer un "code éthique" auquel devraient adhérer les fonds souverains : des critères de bonne conduite en somme, de transparence et de responsabilité...
Responsabilité qui pourra être interprétée différemment par les uns et les autres : être un actionnaire responsable veut-il dire de ne pas se mêler de la gestion de l'entreprise ou au contraire l'actionnaire responsable n'est-il pas celui qui fait pression sur les gestionnaires pour qu’ils dégagent un maximum de "valeur" ?
Bref un code éthique, parlant de le grande finance internationale, cela prête à sourire, sinon à rire jaune...
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