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«Les évènements ne sont que l'écume des choses, ce qui m'intéresse, c'est la mer»

Paul Valéry, Regards sur le monde actuel 1931


jeudi 19 juin 2008

Europe : silence dans les camps !

Les eurodéputés ont adopté, le 18 juin, à une large majorité, la «directive retour» aussi appelée «directive de la honte».

Ce projet de loi est destiné à harmoniser les durées de rétention des sans-papiers et à faciliter leur expulsion de l'UE.
Demandeurs d'asile ou en instance d'expulsion, ces clandestins sont retenus à l'abri des regards dans des conditions souvent insalubres. On en trouve dans des hangars de chemins de fer, des vieux silos à céréales, des usines désaffectées, des annexes de prison et même sur un bateau ancré dans le port de Rotterdam. De l'Irlande à la Bulgarie, de la Finlande à l'Espagne, les camps de rétention pour étrangers se sont multipliés dans l'Union européenne. On dénombre aujourd'hui 224 camps de rétention disséminés dans l'UE.
Les conditions de vie varient d'un centre à l'autre. Les pires sont infestés de vermine, manquent de services médicaux et, selon une étude de 300 pages réalisée à la demande du Parlement européen, sont le théâtre d'émeutes, d'incendies criminels et de suicides. Les effets psychiques de l'incarcération peuvent être très sérieux, en particulier chez les jeunes.

Les camps sont concentrés le long des frontières orientales et méridionales de l'Europe, on en trouve un grand nombre sur une bande traversant la Pologne, la Slovaquie, la République tchèque et l'Allemagne. Les plus importants sont situés à proximité des principales voies de migration. Le plus grand, de 1 100 places, est installé dans le sud de l'Italie, à Crotone, et les deux suivants, de 800 places chacun, à Malte.
L'ouverture de ces centres n'ayant pas réussi à endiguer le flux migratoire, l'Europe cherche aujourd'hui de l'aide en dehors de ses frontières. Des accords bilatéraux, ont permis la création de camps situés dans des pays périphériques comme le Maroc, l'Ukraine, la Libye et la Turquie.
Aujourd'hui, en raison de l'importance numérique du phénomène, des "installations provisoires" sont en train de devenir permanentes. A Lampedusa, île italienne au large la Sicile, une caserne a été transformée en un énorme centre en vue d'accueillir les milliers de migrants recueillis en mer. Aux Pays-Bas, on envisage de transférer cette année une partie de leurs détenus sur deux plates-formes flottantes. A Malte, un village de tentes est devenu une structure d'accueil permanente. Dans les grands aéroports européens enfin.
Voir la carte (Pdf) de Migreurop

A l'abri des regards extérieurs, beaucoup de ces camps offrent des conditions de rétention bien inférieures aux normes internationales. La durée moyenne de rétention dans les camps de l'Union européenne est de 12 à 18 mois. En France, elle est de 32 jours, en Espagne de 40, en Italie de 60 et en Grèce de 3 mois. L'Allemagne n'a pas de limite pour les demandeurs d'asile et, sur l'île de Malte, certains étrangers sont restés en rétention plusieurs années.
Il était temps d'harmoniser tout ça... La durée maximale de la rétention sera "limitée" à 18 mois pour tous les pays de l'Union européenne! Une interdiction du territoire européen pouvant aller jusque 5 ans est prévue lors de l’éloignement. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une double peine, qui condamne à la clandestinité permanente ceux et celles qui reviendraient malgré tout.
Mais cela sera t-il suffisant pour décourager les réfugiés économiques ou climatiques ? On en doute.

L’avenir est à l’immigré qui sert et qui rapporte.

Il est important de comprendre que ces politiques sécuritaires s’appuient sur une vision utilitariste de l’immigration. La philosophie partagée dans l’UE d’une immigration «utile», c’est à dire conforme aux besoins conjoncturels des économies européennes, va à l’encontre du respect des textes fondamentaux de défense des droits humains, du droit d’asile et même de la nouvelle tarte à la crème du co-développement.
Le meilleur exemple en est la énième réforme du code d’entrée et de séjour français s’attaquant à l’immigration familiale. Il n’est pas question d’accepter les familles des immigrants, cela aurait un coût de les éduquer, les soigner... Autre exemple, la Cour européenne des droits de l’homme, dans un arrêt du 27 mai 2008 a estimé que l’expulsion vers l’Ouganda d’une femme de 34 ans malade du Sida, présente sur le sol britannique depuis 2001, ne constituerait pas un « traitement inhumain ou dégradant ».
La Cour reconnaît que « la qualité et l’espérance de vie de la requérante auraient à pâtir de son expulsion vers l’Ouganda », mais elle ajoute que l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme n’impose pas aux Etats de pallier les disparités socio-économiques entre les pays « en fournissant des soins de santé gratuits et illimités à tous les étrangers dépourvus du droit de demeurer sur son territoire ».
Il vaut mieux négocier l'entrée de travailleurs en bonne santé dans les secteurs où l’on ne trouve pas de main d’œuvre locale, et plus hypocrite encore, la venue, souhaitée en France, d’étudiants titulaires d’au moins un master (obtenu dans son pays) qui pourront obtenir un titre de séjour s’ils trouvent un emploi ici.

Le pillage des pays du Sud a trouvé une nouvelle forme.


Sources : Courrier International, Contre journal et Viva presse
On retrouvera le détail du vote des députés européens par tendance politique sur le site Attac France

blogusblogasty

1 Comment:

insolite85 said...

Encore un excellent article, avec une analyse lucide, mais combien terrible , qui débusque une Europe égoïste du marché et du libéralisme à tous crins et à tous propos.